Tite 2,13 — « L'apparition de la gloire du grand Dieu » : une personne ou deux ?
Ce verset passe pour l'un des rares endroits où le Nouveau Testament appellerait Jésus tout uniment « grand Dieu ». Or toute la charge de la preuve repose sur une chaîne de génitifs et sur un unique article manquant — c'est-à-dire sur une construction que le grec autorise dans les deux sens. Lue de manière socinienne, la phrase dit que les chrétiens attendent « l'apparition de la gloire du grand Dieu » et l'apparition de « notre Sauveur Jésus-Christ » : le Fils vient, et dans sa venue apparaît la gloire du Père. Le Catéchisme de Racovie a opposé exactement cela à la règle de l'article — en faisant observer que Paul ne parle pas de l'avènement du grand Dieu, mais de l'apparition de sa gloire.
« … en attendant la bienheureuse espérance et l'apparition de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de se faire un peuple qui lui appartienne, zélé pour les bonnes œuvres. »
Tite 2,13-14
Contexte : une exhortation, non un article de doctrine
La phrase se trouve à la fin d'une section qui est pratique d'un bout à l'autre. Paul a chargé Tite de dire aux vieillards, aux femmes âgées, aux jeunes femmes, aux jeunes gens et aux esclaves comment ils doivent vivre. Puis vient la motivation : « Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée » (2,11) ; et elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et à vivre avec sagesse, justice et piété dans le siècle présent — « en attendant la bienheureuse espérance et l'apparition de la gloire… » (2,13). Le verset est l'horizon d'une parénèse, non la formule d'une confession de foi.
Ce n'est pas là une simple observation littéraire. Qui fait de cette ligne la preuve que Jésus serait appelé « le grand Dieu » charge une remarque incidente, glissée dans une exhortation morale, du poids d'un énoncé sur l'essence divine. Si Paul avait introduit ici une nouveauté dans la doctrine de Dieu, il aurait choisi pour cela l'endroit le plus insolite que connaissent ses lettres — et il aurait laissé cette nouveauté sans le moindre commentaire, sans la moindre précaution, sans la moindre indication de sa portée.
Le contexte, c'est aussi la lettre dans son ensemble. L'épître à Tite emploie six fois le mot « Sauveur » (en grec sōtér), et cela alternativement pour deux personnes différentes : trois fois pour Dieu le Père (1,3 ; 2,10 ; 3,4) et trois fois pour Jésus-Christ (1,4 ; 2,13 ; 3,6). C'est en 1,3-4 que cela se voit le mieux, où les deux se tiennent immédiatement côte à côte et sont expressément distingués : « selon l'ordre de Dieu notre Sauveur … que la grâce et la paix te soient données de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ notre Sauveur ». Qui conclut du titre « Sauveur » en 2,13 qu'une seule personne peut être visée a contre lui l'usage même de la lettre.
Il faut prêter également attention à ce qui précède immédiatement et à ce qui suit immédiatement. Avant, au verset 11, il est question de la « grâce de Dieu » qui a été manifestée — et là, « Dieu » est incontestablement le Père. Après, au verset 14, suit une proposition relative : « qui s'est donné lui-même pour nous » — et là, il s'agit incontestablement du Christ. Entre une phrase où « Dieu » désigne le Père et une phrase où le relatif renvoie au Christ se trouve l'expression litigieuse. Elle ne se trouve donc justement pas dans un environnement qui ne traiterait que d'une seule personne.
Enfin, le lieu historique du débat. Le recours à l'unique article antéposé est un schéma exégétique ancien ; il n'a été érigé en règle formelle qu'en 1798 par Granville Sharp — expressément dans l'intention d'ôter aux antitrinitaires les passages dont ils se réclamaient. Le Catéchisme de Racovie répond donc à un argument qu'il connaissait bien avant sa codification, et il n'y répond pas par un coup d'autorité, mais par des contre-exemples tirés du Nouveau Testament lui-même.
Thèse centrale socinienne : deux qui apparaissent, une seule gloire
L'interprétation socinienne ne conteste pas que le texte grec puisse être lu comme le lisent les trinitaires. Elle conteste qu'il doive être lu ainsi. C'est là tout le point. Une phrase dont la construction admet deux rapports ne peut porter un énoncé qui n'est nulle part ailleurs formulé sans équivoque dans l'Écriture. Là où tous les passages clairs appellent le Père l'unique Dieu et distinguent Jésus de lui (Jn 17,3 ; 1 Co 8,6 ; Ép 4,6 ; 1 Tm 2,5), ce n'est pas le passage obscur qui décide des passages clairs, mais les clairs de l'obscur.
Lu positivement, le verset dit : nous attendons la bienheureuse espérance, et nous attendons l'apparition de la gloire du grand Dieu et (l'apparition) de notre Sauveur Jésus-Christ. Deux génitifs dépendent du même mot. L'un est la gloire qui est propre à Dieu le Père ; l'autre est celui dans la venue duquel elle devient visible. Ainsi se trouve exprimé exactement ce que Jésus lui-même a annoncé : que le Fils de l'homme viendrait « dans la gloire de son Père avec ses anges » (Mt 16,27 ; Mc 8,38).
C'est précisément là que le Catéchisme de Racovie place son levier, et il le fait avec une finesse philologique que le débat ultérieur a souvent négligée. Paul n'écrit pas « nous attendons l'avènement du grand Dieu », mais « nous attendons l'apparition de la gloire du grand Dieu ». Le substantif régissant n'est pas « apparition » seul, mais « apparition de la gloire ». Que la gloire de Dieu le Père apparaisse lorsque le Fils vient pour le jugement n'est pas un expédient socinien, mais la manière de parler constante du Nouveau Testament.
Le deuxième levier est la règle de l'article elle-même. Elle affirme que deux substantifs reliés par kaí et précédés d'un seul article doivent désigner la même personne. Le Catéchisme de Racovie objecte que cette règle « n'est pas non plus sans exception chez les Grecs », et il produit des attestations où, sous un unique article, se trouvent manifestement regroupées des réalités distinctes : les acheteurs et les vendeurs (Mt 21,12), les pharisiens et les sadducéens (Mt 16,1), les apôtres et les prophètes (Ép 2,20 ; 3,5), les veaux et les boucs (Hé 9,19). Et il nomme trois passages où se rencontre exactement la construction ici litigieuse et où personne n'aurait l'idée de la rapporter à une seule personne : Ép 5,5 ; 2 Th 1,12 ; 1 Tm 5,21.
Le troisième levier est le mot « grand Dieu » lui-même. C'est, dans l'Ancien Testament, un titre honorifique fixe de l'ÉTERNEL — « le Dieu grand, fort et terrible » (Dt 10,17 ; cf. Né 9,32 ; Dn 9,4) — et il n'est jamais appliqué au Messie dans tout le reste du Nouveau Testament. Si Paul avait voulu transférer ce titre à Jésus, ce serait le seul cas dans l'ensemble de la littérature apostolique, et il l'aurait logé dans une proposition secondaire d'une exhortation domestique.
Ce qui apparaît, c'est la gloire du Père ; celui qui apparaît, c'est le Fils. Un article manquant ne fait pas d'un couple un individu — et une doctrine qui repose sur une chaîne de génitifs ne repose sur aucun fondement.
Exégèse : termes-clés et champ lexical
Quatre expressions portent toute la charge de l'interprétation : la tournure « apparition de la gloire », le titre « grand Dieu », le mot « Sauveur » et la question de l'article. Qui les examine une à une remarque combien peu subsiste de la prétendue univocité.
« Apparition de la gloire » — epipháneia tês dóxês
Paul emploie epipháneia cinq fois dans les épîtres pastorales, et le mot désigne toujours une manifestation visible (1 Tm 6,14 ; 2 Tm 1,10 ; 4,1.8 ; Tt 2,13). Mais dans notre passage, le mot n'est pas isolé : il est lié à un second génitif — non pas « l'apparition du grand Dieu », mais « l'apparition de la gloire du grand Dieu ». Le déplacement est linguistiquement significatif : ce qui est attendu, ce n'est pas Dieu lui-même comme celui qui vient, mais sa gloire comme ce qui devient visible.
La construction autorise dès lors sans aucune contrainte la lecture selon laquelle « du grand Dieu » dépend de « gloire » et « de notre Sauveur Jésus-Christ » vient s'ajouter à la même chaîne comme second génitif coordonné : l'apparition de la gloire du grand Dieu et (l'apparition) de notre Sauveur. Les chaînes de génitifs grecques de ce type sont fréquentes chez Paul ; la Vulgate rend le passage avec la même ambiguïté (adventum gloriae magni Dei et salvatoris nostri Iesu Christi), et les anciens commentateurs latins n'étaient nullement d'accord sur son rapport.
Décisive est la contre-épreuve quant au fond. Que la gloire du Père apparaisse lors du retour du Fils est un lieu commun des évangiles : « Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges » (Mt 25,31), « dans la gloire de son Père » (Mc 8,38). L'expression de l'épître à Tite s'insère ainsi sans rupture dans la plus ancienne attente chrétienne, sans qu'aucun énoncé sur l'essence divine soit nécessaire.
« Le grand Dieu » — ho mégas theós
Le titre est solidement frappé dans l'Ancien Testament. En Deutéronome 10,17, il est dit : « Car l'ÉTERNEL, votre Dieu, est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible » ; de même en Néhémie 9,32 et en Daniel 9,4. Dans la Septante et dans le judaïsme hellénistique, la tournure est un titre réservé à l'unique Dieu ; elle appartient au registre des noms par lesquels Israël se démarquait précisément du polythéisme.
Dans le Nouveau Testament, la tournure ne se rencontre qu'ici. C'est un constat remarquable. Si Tite 2,13 était un énoncé christologique, ce serait le seul passage du Nouveau Testament où Jésus serait désigné par le titre divin le plus exclusif de l'Ancien Testament — et cela incidemment, sans explication, sans défense, sans qu'aucun autre apôtre l'y ait suivi.
C'est pour cette raison même que le Catéchisme de Racovie range Tite 2,13 parmi les passages où « l'on estime partout que Jésus est appelé par l'Écriture… grand Dieu » — et il le traite dans une série avec Jr 23,6 ; Za 2,8 ; 1 Jn 5,20 ; Jude 4 ; Ap 1,8 ; Ac 20,28. Son procédé est partout le même : il montre pour chaque passage séparément que le rapport est ou bien grammaticalement ouvert, ou bien à déterminer autrement quant au fond. La somme de passages faibles ne fait pas une preuve forte.
« Sauveur » — sōtér
L'argument selon lequel « Sauveur » ne pourrait ici se rapporter qu'au Christ et entraînerait donc avec lui « grand Dieu » échoue devant la lettre elle-même. L'épître à Tite nomme six fois un Sauveur, et elle répartit le titre également : « selon l'ordre de Dieu notre Sauveur » (1,3), « la doctrine de Dieu notre Sauveur » (2,10), « la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes » (3,4) — et à côté de cela « Jésus-Christ notre Sauveur » (1,4), « Jésus-Christ notre Sauveur » (3,6).
Tite 3,4-6 est particulièrement instructif, car les deux usages y figurent dans une seule et même période : Dieu, notre Sauveur, nous a sauvés « par Jésus-Christ notre Sauveur ». Un auteur ne peut indiquer plus clairement que le titre a pour lui deux porteurs, qu'il tient soigneusement distincts : le Père comme auteur, le Fils comme moyen. Qui déduit du seul mot « Sauveur » en 2,13 une identification lit contre l'usage linguistique de ces deux mêmes chapitres.
La question de l'article — un article, deux réalités
La règle dite de Granville Sharp énonce que deux substantifs au singulier reliés par kaí, qui ne sont pas des noms propres et qui partagent un unique article antéposé, désignent la même personne. Sharp lui-même a assorti sa règle de restrictions explicites : pas de noms propres, pas de pluriel. C'est précisément là que s'allume la dispute, car « Jésus-Christ » est un nom propre, et la question de savoir si « notre Sauveur » est déjà suffisamment déterminé par le hêmōn et peut donc se passer d'article n'est pas un détail, mais le cœur du problème.
Les Frères polonais ne répondent pas par une théorie grammaticale, mais par des attestations. Le Catéchisme de Racovie cite Ép 5,5 (« dans le royaume de Christ et de Dieu »), 2 Th 1,12 (« selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus-Christ ») et 1 Tm 5,21 (« devant Dieu, devant Jésus-Christ et devant les anges élus »). Dans les trois cas se trouve la construction qui désignerait prétendument à coup sûr une seule personne — et dans les trois cas aucun interprète ne la lit ainsi. Une règle qui ne fonctionne pas sur ses propres passages modèles ne peut fonder aucun article de doctrine.
S'y ajoute une objection de méthode d'un certain poids. La règle a été formulée en 1798, dans un écrit polémique dont le but déclaré était d'ôter aux sociniens et aux ariens le recours à ces passages mêmes. Un instrument construit tout exprès pour trancher une controverse ne peut trancher cette controverse de manière neutre. Le Catéchisme avait formulé l'objection un siècle plus tôt déjà : « mais là où elle ne s'applique pas, on le reconnaît aux circonstances de la chose » — donc au contexte, et non à une règle de typographe.
Comparaison des interprétations
Rapport à Sozzini et au Catéchisme de Racovie
Le Catéchisme de Racovie traite de Tite 2,13 dans la section sur les « noms divins du Christ », comme le « cinquième témoignage ». Il nomme les deux raisons pour lesquelles la partie adverse rapporte au Christ la désignation « du grand Dieu » — la règle de l'article et l'attente de l'avènement du Fils — et il y répond l'une après l'autre. Le second point contient la véritable pointe exégétique :
« Paul ne dit pas “nous qui attendons l'avènement du grand Dieu”, mais il dit “nous qui attendons l'apparition de la gloire du grand Dieu”. Or que l'on dise à bon droit que la gloire de Dieu le Père apparaîtra lorsque le Christ viendra pour le jugement, les paroles du Christ le montrent, lorsqu'il dit qu'il viendra dans la gloire, c'est-à-dire avec la gloire de Dieu son Père. »
Catéchisme de Racovie, « L'apparition de la gloire du grand Dieu »
La démonstration est remarquablement sobre. Elle ne prétend pas que la lecture trinitaire soit linguistiquement impossible ; elle montre que le texte permet une seconde lecture, qui s'insère sans effort dans la manière dont Jésus parle de son propre retour. Et elle ajoute ce que l'on néglige souvent : « Au reste, il n'est nullement absurde de dire que Dieu le Père viendra, ou plutôt apparaîtra, lorsque le Fils viendra pour juger le monde. »
À l'argument de l'article, le Catéchisme répond déjà dans la réfutation du témoignage précédent, celui de l'épître de Jude. C'est là que se trouve le cœur de la discussion linguistique, et il tient en une seule formule :
« Il faut cependant retenir que cette règle n'est pas non plus sans exception chez les Grecs ; mais là où elle ne s'applique pas, on le reconnaît aux circonstances de la chose. Que cette règle ne soit en effet pas sans exception, les témoignages du Nouveau Testament eux-mêmes le montrent, comme ce passage où il est écrit : “Il chassa tous les vendeurs et les acheteurs”, où en grec un seul article est placé devant les mots “acheteurs” et “vendeurs”. »
Catéchisme de Racovie, « L'unique souverain »
Le Catéchisme clôt cette série par l'indication décisive : « Et de plus, les passages d'Ép 5,5 ; 2 Th 1,12 ; 1 Tm 5,21 montrent clairement que cette règle n'est pas sans exception. » Le débat est ainsi déplacé sur le plan qui lui revient : ce n'est pas une règle qui décide, mais le contexte — et le contexte de l'épître à Tite distingue Dieu et le Christ dans chacun de ses chapitres.
Combien peu il s'agissait pour les Frères polonais d'un abaissement du Christ, leur traitement du passage apparenté de 1 Jn 5,20 le montre. Le Catéchisme s'y défend expressément contre le malentendu qui consisterait à refuser au Christ toute divinité :
« Je conteste que ces mots “Celui-ci est le vrai Dieu” se rapportent au Fils — non que je nie que le Christ soit vrai Dieu en son sens propre, mais parce que je nie qu'il soit ce vrai Dieu dont parle ce passage. »
Catéchisme de Racovie, « Le Christ comme vrai Dieu »
Cette distinction — le Christ est Dieu « en son sens propre », mais non l'unique Dieu suprême — Fausto Sozzini l'a élaborée conceptuellement dans ses réponses à Francesco Dávid. Il distingue entre la divinité que Dieu ne peut partager avec personne et la divinité qu'il communique :
« La divinité de Dieu est en tout de deux sortes : l'une, que nous pouvons appeler essentielle, dont Dieu lui-même parle lorsqu'il atteste que sa gloire ne pourra être vue depuis la terre ; l'autre, que l'on peut nommer efficiente, c'est-à-dire l'effet de sa nature et de son opération. La première, Dieu ne la communique pas aux créatures … ; la seconde, en revanche, il la communique. »
Fausto Sozzini, « De l'honneur du Christ », « La divinité communiquée aux créatures »
Le reproche selon lequel la lecture socinienne ferait du Christ une simple figure secondaire est ainsi désamorcé. Dans sa dispute avec Christian Francken, Sozzini n'a justement pas fait valoir l'opposition du Créateur et de la créature comme une limite de l'honneur dû au Christ, mais comme la preuve que l'honneur est transmissible :
« Et quand bien même la distance entre Dieu et la créature est la plus grande qui soit, il n'est pourtant pas nécessaire que la différence entre l'honneur de Dieu et celui de la créature soit tout aussi grande. Car Dieu peut communiquer son honneur à qui il veut ; il l'a montré au Christ, qui est digne d'un tel honneur et que la Sainte Écriture n'ordonne pas de vénérer sans les raisons les plus graves. »
Fausto Sozzini, « De l'honneur du Christ », dispute avec Christian Francken
Entre ces deux phrases se tient toute la position socinienne sur Tite 2,13. La gloire qui apparaît lors du retour est celle de Dieu même — elle appartient à ce qu'il ne communique pas. L'honneur qui revient au Christ lui a été conféré — et il est donc réel : non pas moindre, mais autrement fondé.
Arguments logiques
Les points suivants résument pourquoi Tite 2,13 ne tient pas comme passage probant pour la divinité du Christ :
- Deux lectures, aucune contrainte. Le grec admet les deux rapports. Là où la langue elle-même ne tranche pas, on ne peut tirer aucun article de doctrine qui ne soit clairement attesté ailleurs. Une dogmatique qui repose sur une chaîne de génitifs repose sur du sable.
- Le mot régissant est « gloire ». Paul n'écrit pas « l'apparition du grand Dieu », mais « l'apparition de la gloire du grand Dieu ». Cela permet sans contrainte de rapporter le premier génitif à la gloire et de placer le second à côté de lui, coordonné.
- La règle de l'article n'est pas sans exception. Mt 21,12 ; 16,1 ; Ép 2,20 ; 3,5 ; Hé 9,19 montrent un article couvrant des réalités distinctes ; Ép 5,5 ; 2 Th 1,12 ; 1 Tm 5,21 montrent exactement la construction litigieuse portant sur Dieu et le Christ, sans que personne les identifie.
- La règle est plus jeune que la controverse. Granville Sharp l'a formulée en 1798, expressément pour réfuter les antitrinitaires. Un instrument créé tout exprès pour un cas litigieux ne peut trancher ce cas de manière indépendante.
- « Grand Dieu » est un titre réservé de l'Ancien Testament. Dt 10,17 ; Né 9,32 ; Dn 9,4 l'emploient exclusivement pour l'ÉTERNEL. Dans le Nouveau Testament, il ne se rencontre qu'ici — une attestation unique et incidente fonderait une manière de parler entièrement nouvelle.
- La lettre elle-même distingue. Tite 1,3-4 et 3,4-6 nomment le Père et le Fils côte à côte « Sauveur » tout en les tenant soigneusement distincts. Du titre « Sauveur » ne suit donc rien quant au nombre de ceux qui sont visés.
- Le contexte immédiat change de référents. Le verset 11 parle de la « grâce de Dieu » (incontestablement le Père), le verset 14 de celui « qui s'est donné lui-même pour nous » (incontestablement le Christ). Une alternance entre les deux est, dans cette section, la normale et non l'exception.
- 1 Timothée 6,14-16 est la contre-épreuve. Paul y attend l'« apparition de notre Seigneur Jésus-Christ », que « manifestera en son temps le bienheureux et seul souverain …, qui seul possède l'immortalité ». Même attente, même dualité — et là sans la moindre ambiguïté.
- Jésus lui-même l'a dit ainsi. Il vient « dans la gloire de son Père » (Mc 8,38 ; Mt 16,27). Que la gloire du Père apparaisse lors de sa venue n'est pas une construction de secours, mais sa propre annonce.
- La mesure de la charge de la preuve ne convient pas. Si une doctrine tenue pour le cœur de la foi dépend d'une poignée de passages grammaticalement litigieux, tandis que les énoncés univoques sur l'unique Dieu se comptent par centaines, alors la charge de la preuve n'incombe pas à ceux qui prennent ces centaines au sérieux.
Références bibliques
Ces passages approfondissent l'interprétation à la lumière du témoignage biblique dans son ensemble :
Deutéronome 10,17
« Car l'ÉTERNEL, votre Dieu, est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible. » Ici se trouve, dans son contexte originel, la tournure que reprend Tite 2,13 : comme démarcation de l'unique Dieu à l'égard de tous les autres. Le titre n'est jamais transférable dans la Bible hébraïque ; il désigne celui qui n'a personne à côté de lui.
1 Timothée 6,14-16
Paul exhorte à garder le commandement sans tache « jusqu'à l'apparition de notre Seigneur Jésus-Christ, que manifestera en son temps le bienheureux et seul souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, qui seul possède l'immortalité ». La structure est exactement celle de Tite 2,13, mais sans ambiguïté : le Fils apparaît, et c'est le Père qui suscite cette apparition et y devient visible. Qui accepte le schéma ici ne peut le contester là.
Tite 3,4-6
« Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés … il nous a sauvés … par Jésus-Christ notre Sauveur. » Dans une seule et même période, le titre « Sauveur » porte deux référents différents, et l'auteur marque soigneusement les rôles : Dieu sauve, le Christ est le moyen. L'argument principal tiré du mot « Sauveur » est ainsi désamorcé dans la lettre même.
2 Thessaloniciens 1,12
« … selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus-Christ. » Le Catéchisme de Racovie cite expressément ce passage comme contre-exemple : la construction est la même, l'article ne figure là aussi qu'une seule fois — et pourtant personne ne lit ici une seule personne. Là où une règle échoue sur ses propres parallèles, elle ne peut rien prouver dans le passage litigieux.
Éphésiens 5,5
« … n'a point d'héritage dans le royaume de Christ et de Dieu. » Ici aussi, un unique article relie deux réalités qu'aucun interprète n'identifie. Le Catéchisme nomme ce passage dans une série avec 2 Th 1,12 et 1 Tm 5,21 comme preuve que la règle de l'article « n'est pas sans exception ».
Marc 8,38
« … quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. » Jésus lui-même décrit son retour comme l'apparition d'une gloire qui n'est pas la sienne propre, mais celle de son Père. La lecture socinienne de Tite 2,13 n'est donc pas seulement possible : elle est suggérée par la manière même dont Jésus s'exprime.
Jean 17,3
« Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Ici se trouve la même dualité, sans le moindre flou grammatical : le seul vrai Dieu et celui qu'il a envoyé. Cette phrase compte parmi les passages clairs auxquels les passages obscurs doivent se mesurer.
1 Timothée 2,5
« Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme. » Là où il en va expressément de la chose même, Paul formule avec la plus grande netteté : un seul Dieu, et à côté de lui — non en lui — un médiateur. Ce qu'il dit dans un énoncé doctrinal ne peut être remplacé par ce que l'on croit lire dans une proposition secondaire.
Objections et réponses sociniennes
1. La règle de l'article tranche la question
En grec, un article précède « grand Dieu », aucun ne précède « Sauveur ». Selon la règle de Granville Sharp, deux substantifs au singulier ainsi reliés désignent la même personne. Le passage est donc grammaticalement univoque : Jésus-Christ est le grand Dieu.
La règle n'est pas fausse, mais elle n'est pas une loi de la nature, et elle comporte des exceptions que ses auteurs eux-mêmes ont dû nommer. Sharp excluait expressément les noms propres et les pluriels — et « Jésus-Christ » est un nom propre. Savoir si la construction tombe dès lors sous la règle est précisément la question en litige et ne peut être tranchée en invoquant la règle.
Le Catéchisme de Racovie ne répond pas par une théorie, mais par des attestations textuelles : Mt 21,12 réunit acheteurs et vendeurs sous un seul article ; Mt 16,1 les pharisiens et les sadducéens ; Ép 2,20 et 3,5 les apôtres et les prophètes ; Hé 9,19 les veaux et les boucs. Et il nomme trois passages où Dieu et le Christ figurent sous un seul article — Ép 5,5 ; 2 Th 1,12 ; 1 Tm 5,21 —, sans qu'aucun interprète les fonde en une seule personne.
S'y ajoute le constat historique. La règle a été formulée en 1798, dans un écrit dont le titre annonce déjà qu'il est dirigé contre les adversaires de la doctrine trinitaire. Elle n'est donc pas un outil neutre que l'on applique au passage, mais elle est elle-même un argument dans la controverse. Qui l'invoque comme décision présuppose ce qu'il veut démontrer.
Enfin le principe que formule le Catéchisme : « mais là où elle ne s'applique pas, on le reconnaît aux circonstances de la chose ». C'est exactement de cela qu'il s'agit. Le contexte de l'épître à Tite distingue dans chaque chapitre entre Dieu, notre Sauveur, et Jésus-Christ, notre Sauveur. Là où le contexte est si clair, une règle de typographe ne porte pas la décision contraire.
2. Nous attendons la venue du Christ, non celle du Père
Le Nouveau Testament ne connaît qu'un seul retour, et c'est celui du Fils. Le Père ne vient pas. Si donc il est question de l'apparition attendue, seul le Christ peut être visé — et « grand Dieu » se rapporte dès lors à lui aussi.
Cette objection serait plus forte si Paul avait écrit ce qu'on lui prête ici. Or il n'écrit pas « l'avènement du grand Dieu », mais « l'apparition de la gloire du grand Dieu ». C'est le point où le Catéchisme de Racovie intervient : ce qui est attendu, ce n'est pas la venue du Père, mais le devenir-visible de sa gloire — et cela se produit lorsque le Fils vient.
Que la gloire du Père apparaisse lors du retour du Fils n'est pas une invention socinienne, mais la manière de parler de Jésus lui-même. Il vient « dans la gloire de son Père avec les saints anges » (Mc 8,38), et Mt 16,27 le répète. Qui prend ces énoncés au sérieux n'a aucune difficulté avec une phrase qui nomme d'un même souffle l'apparition de la gloire du Père et la venue du Fils.
Le Catéchisme va même un pas plus loin et retient qu'il n'est « nullement absurde de dire que Dieu le Père viendra, ou plutôt apparaîtra, lorsque le Fils viendra pour juger le monde ». L'objection est ainsi rencontrée jusque dans sa forme la plus forte : même si l'on voulait attribuer au Père une « apparition », il n'y aurait là rien d'antibiblique, puisque celui qui juge a reçu sa charge du Père et agit en son nom.
Et la contre-épreuve se trouve dans le même corpus. En 1 Tm 6,14-16, Paul attend l'« apparition de notre Seigneur Jésus-Christ » et ajoute que cette apparition sera manifestée par celui « qui seul possède l'immortalité ». Même liaison entre la venue du Fils et l'action du Père — sauf que là personne n'a l'idée d'en faire une seule personne.
3. « Sauveur » est un titre christologique et entraîne « Dieu » avec lui
« Notre Sauveur Jésus-Christ » est une formule christologique fixe. Comme elle est reliée à « grand Dieu » sous un seul article, les deux vont ensemble et désignent l'unique Rédempteur, qui est en même temps Dieu.
L'épître à Tite emploie « Sauveur » six fois, et elle le répartit également entre deux porteurs. Trois fois il se rapporte au Père : « selon l'ordre de Dieu notre Sauveur » (1,3), « la doctrine de Dieu notre Sauveur » (2,10), « la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes » (3,4). Trois fois il se rapporte au Christ (1,4 ; 2,13 ; 3,6). Il ne saurait donc être question d'une formule exclusivement christologique.
Cela apparaît le plus nettement en 1,3-4, où les deux usages se tiennent immédiatement côte à côte et sont expressément distingués. Et en 3,4-6, l'auteur les réunit dans une seule période sans les confondre : Dieu, notre Sauveur, sauve — par Jésus-Christ, notre Sauveur. Qui prend le titre pour une preuve d'identité devrait déclarer ces phrases dépourvues de sens.
L'arrière-plan linguistique le confirme. Dans l'Ancien Testament, « Sauveur » est un titre divin (És 43,11 ; 45,21), mais il est aussi appliqué à des hommes envoyés par Dieu (Jg 3,9.15 ; Né 9,27). Le titre désigne donc une fonction que Dieu exerce et qu'il fait aussi exercer par d'autres. Il ne décide rien quant à l'essence de celui qui le porte.
Il en reste donc là : de « Sauveur » ne suit aucune divinité au sens de la consubstantialité, et de la liaison de deux titres sous un seul article ne suit aucune identité de leurs porteurs. Les deux arguments s'appuient mutuellement, mais aucun ne tient par lui-même — et deux arguments qui ne portent pas n'en font pas ensemble un qui porte.
4. Le verset 14 parle de celui qui s'est donné — donc toute l'expression est christologique
Immédiatement après l'expression litigieuse suit : « qui s'est donné lui-même pour nous ». La proposition relative se rattache à ce qui précède, et elle ne peut se rapporter qu'au Christ. Toute l'expression traite donc du Christ — y compris « grand Dieu ».
La relative se rattache à ce qui précède immédiatement, et ce qui précède immédiatement est « notre Sauveur Jésus-Christ ». C'est exactement ce que l'on attend même en présence de deux référents : le relatif reprend le point de rattachement approprié le plus proche. L'objection montre donc ce qui n'est de toute façon pas contesté, et ne prouve rien quant au génitif plus éloigné.
Le Catéchisme de Racovie a traité ce type d'argumentation en détail ailleurs, à savoir à propos de 1 Jn 5,20. Il y fait observer que les pronoms relatifs « ne se rapportent pas toujours à ce qui précède immédiatement, mais sont souvent rapportés à ce dont il est principalement question, même si cela se trouve plus loin », et il l'établit par Ac 7,18-19 ; 10,6 et 2 Jn 7. La règle joue donc dans les deux sens et ne décide de rien.
Si l'on considère la section dans son ensemble, elle parle de toute façon contre l'objection. Le verset 11 traite de la « grâce de Dieu », le verset 13 de l'apparition, le verset 14 de celui qui s'est livré. On passe du Père au Fils en trois phrases successives — c'est le style paulinien normal, non un indice d'identité.
Et quant au fond, la relative est même un contre-argument. « Qui s'est donné lui-même pour nous » décrit un don qui suppose un destinataire et connaît un mandant. Paul dit ailleurs que Dieu l'a livré pour nous (Rm 8,32). La phrase décrit donc précisément la relation de deux, non l'identité d'un seul.
5. Cette interprétation rapetisse le Christ
Qui refuse au Christ le titre de « grand Dieu » lui ôte son honneur. À la fin ne subsiste qu'un simple homme, en qui l'on ne peut se confier et que l'on ne peut adorer — et la consolation de l'Évangile, à savoir que Dieu lui-même nous a sauvés, est perdue.
Les Frères polonais n'ont pas rapetissé le Christ : ils ont expressément défendu son honneur — et cela contre des attaques venues de leur propre camp. La dispute de Fausto Sozzini avec Christian Francken porte exactement là-dessus : Francken soutenait qu'une créature ne saurait recevoir d'adoration religieuse ; Sozzini répondit que Dieu peut communiquer son honneur à qui il veut, et qu'il l'a montré au Christ, « qui est digne d'un tel honneur ».
De même, Sozzini distingue dans ses réponses à Francesco Dávid entre la divinité « essentielle », que Dieu ne communique pas, et la divinité « efficiente », qu'il communique. Selon cette doctrine, le Christ possède réellement une puissance divine, une charge divine et un honneur divin — reçus, non hérités. Le Catéchisme de Racovie formule brièvement la même position : le Christ est « vrai Dieu en son sens propre », mais non ce Dieu suprême dont l'Écriture dit qu'il est seul.
La consolation de l'Évangile n'en dépend pas. Elle tient à ce que Dieu a envoyé le Fils et l'a ressuscité, qu'il lui a donné tout pouvoir dans le ciel et sur la terre et qu'il jugera par lui. Tout cela suppose que Dieu et l'envoyé soient deux — sinon il n'y aurait ni envoi, ni résurrection, ni transmission du pouvoir, ni médiateur.
Et enfin : qui lit Tite 2,13 de manière socinienne n'ôte rien au Christ, mais lui rend quelque chose. Le verset promet que dans sa venue apparaît la gloire du Père — donc que le Fils est le lieu où le Dieu invisible devient visible. Ce n'est pas un abaissement, mais le plus haut énoncé que l'on puisse faire d'un vis-à-vis de Dieu.
Conséquences théologiques
Versets liés
Les passages suivants étayent, approfondissent ou contrastent l'interprétation exposée ici :
- Jean 17,3 — le seul vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, sans le moindre flou grammatical.
- 1 Timothée 2,5 — un seul Dieu et un seul médiateur : la dualité dans un énoncé doctrinal exprès.
- 1 Timothée 6,16 — « qui seul possède l'immortalité » : le contexte du passage parallèle à Tite 2,13.
- 1 Jean 5,20 — la même question du référent d'un pronom, traitée en détail par le Catéchisme.
- Romains 9,5 — la seconde grande question de ponctuation et de référence des lettres pauliniennes.
- Hébreux 1,8 — « Ton trône, ô Dieu » : apostrophe ou énoncé sur Dieu comme trône ?
- Actes 20,28 — « acquise par son propre sang » : la même série du Catéchisme.
- 1 Timothée 3,16 — comment une variante textuelle décide d'une prédication de divinité.
- Colossiens 2,9 — « toute la plénitude de la divinité corporellement » : divinité communiquée, non essentielle.
- Jean 20,28 — la confession de Thomas et les limites du mot « Dieu ».
- Philippiens 2,9-11 — l'honneur conféré au Christ, « à la gloire de Dieu le Père ».
- Deutéronome 6,4 — le Chema comme étalon auquel toute prédication de divinité doit se mesurer.
Résumé
Tite 2,13 compte parmi les rares passages où le Nouveau Testament appellerait expressément Jésus « grand Dieu » — et toute la force probante dépend d'une chaîne de génitifs et d'un article manquant. Le grec admet les deux rapports : « l'apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » ou « l'apparition de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ ». Là où la langue elle-même ne tranche pas, aucun énoncé sur l'essence divine ne peut être obtenu.
Le Catéchisme de Racovie a déjà formulé l'objection décisive : Paul ne parle pas de l'avènement du grand Dieu, mais de l'apparition de sa gloire. Le rapport est ainsi divisible sans aucune contrainte — la gloire appartient au Père, la venue au Fils —, et il s'accorde exactement avec ce que Jésus lui-même a dit : qu'il viendrait « dans la gloire de son Père ».
Contre la règle de l'article, le Catéchisme ne répond pas par une théorie, mais par les témoignages du Nouveau Testament lui-même. Acheteurs et vendeurs, pharisiens et sadducéens, apôtres et prophètes se tiennent sous un unique article ; et en Ép 5,5, 2 Th 1,12 et 1 Tm 5,21, ce sont même Dieu et le Christ qui figurent ainsi côte à côte, sans qu'aucun interprète les ait jamais fondus en une seule personne. Une règle qui échoue sur ses propres parallèles ne peut fonder aucun article de doctrine — d'autant qu'elle n'a été formulée qu'en 1798, expressément pour réfuter ceux contre qui on la fait valoir.
L'épître à Tite elle-même parle le plus clairement. Elle nomme six fois un « Sauveur » et répartit le titre également entre Dieu le Père et Jésus-Christ ; en 1,3-4 et 3,4-6, elle place les deux côte à côte et les tient soigneusement distincts. Qui, en 2,13, tire du mot « Sauveur » une identification lit contre l'usage linguistique de ces deux mêmes chapitres.
Ce que cette interprétation accomplit n'est pas un rapetissement du Christ. Sozzini a expressément défendu l'honneur du Christ contre Christian Francken et maintenu que Dieu peut communiquer son honneur à qui il veut — et qu'il l'a montré au Christ. Ce qu'il ne communique pas au Fils, c'est uniquement la divinité « essentielle », cette gloire dont Dieu dit qu'elle ne peut être vue depuis la terre. Or c'est précisément cette gloire que Tite 2,13 promet pour le jour où le Fils viendra : elle apparaîtra — et celui en qui elle apparaît est l'homme Jésus-Christ, le médiateur entre Dieu et les hommes.
